Allez, pour se remettre en jambe, rien de tel qu'une petite critique du film récemment sorti "Les Animaux Fantastiques".

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Pas mal de choses à dire, en bien et en moins bien sur ce premier film tiré de l'univers de la franchise Harry Potter, sans être un Harry Potter.

Je vais commencer par le gros plus : l'ambiance.

L'action prend place dans le New-York des années 20, et ça c'est déjà quelque chose qui ne pouvait que me plaire. L'époque est plutôt bien retranscrite et ça pose déjà un univers agréable dans lequel le film peut évoluer. Mention spéciale au troquet clandestin sorcier, tout à fait dans l'ambiance de la prohibition en cours. 

Le ton est résolument sombre. On pose le contexte dès le début : la montée en puissance de Grindelwald, suivi par un épisode curieux de phénomène magique en plein NY aux accents de polar magique.

J'ai particulièrement bien aimé la confrontation entre les fidèles de Salem et les nantis de la ville. On voit tout le décalage possible à cette époque entre une classe dominante et riche vivant déjà la pleine opulence du 20ème siècle et la classe basse n'ayant pratiquement pas évolué depuis le 17ème siècle.

Mention spéciale également pour un pari très couillu : évoquer (et même plus), la peine de mort chez les sorciers. Ça arrive très soudainement et ça jette un vrai malaise. J'applaudi l'audace du scénario de ce côté là.

L'ambiance magique n'est pas en reste, j'apprécie toujours plus les petits détails du quotidien plutôt que les débauches de magie outrancière, mais la patte de Rowling est restée quasiment la même et ça fonctionne toujours aussi bien. 

Le gros moins à présent : le scénario

On a en réalité deux histoires : celle de Norbert Dragoneau qui se trimballe avec une valise qui ferme mal pleine de créatures qui ne cherchent qu'à en sortir et la tentative du plus grand mage noir de l'époque pour révéler le monde magique au grand jour et provoquer une guerre contre les non-mages.

On a donc deux enjeux complètement inégaux et on a choisi le plus léger pour traiter le plus important. Un peu comme si Harry Potter et le Prince de Sang mêlé traitait le sujet des Horcruxes à travers la création du magasin de bonbons des frères Weasley.

Alors qu'à la lecture du titre on s'attend à passer le film à rechercher les créatures magiques en en apprenant beaucoup sur elles, on se retrouve avec 3  bestioles qui se baladent et tout le reste est concentré en 2-3 (très belles certes) dans la valise de Dragoneau. Ce film aurait du s'appeler "Norbert Dragoneau et l'Obscurial".

Et non seulement on a un déséquilibre dans le scénario, mais en plus on va beaucoup trop vite. Les personnages sont à peine installés et développés, jamais on n'explique le rôle de Graves dans l'administration des sorciers US par exemple. On va tellement vite qu'il manque au moins une scène : après la capture du rhinocéros à bulbe dans la valise, Norbert et Jacob soupirent de soulagement. Tina les observe depuis le petit pont, puis en descend et s'assoit. Sauf qu'elle s'assoit sur la fameuse valise, et que Norbert et Jacob sont descendus dedans. On ne le montre pas alors que c'est capital puisque Tina emporte la valise au congrès des magiciens et fait sortir Norbert devant tout le monde.

Dernier gros défaut du scénario à mon goût : cette fin cataclysmique et assourdissante qui dure... mais dure... bien au delà de ce qu'il était nécessaire. On enchaine les scènes de destructions gratuites sans aucun intérêt, sans rire ça m'a paru interminable. Tout ça pour finir avec une révélation de dernière minute et un formidable cliché : le méchant qui est arrêté mais qui peut s'arrêter en face du héros juste pour pouvoir lui lancer une réplique qui tue. Même après ça, le film met beaucoup trop de temps à conclure, malgré un Deus Ex Machina grotesque. 

Accessoirement, la fin du film nous révèle comment Norbert Dragoneau aurait pu éviter ses mésaventures : en mettant une ficelle autour de sa valise. Quand je vous parlais des enjeux... (en fait Norbert a un autre but, mais c'est traité en 2 fois 30 secondes alors que ça aurait pu être tout le propos du film).

Passons aux acteurs

Personnellement, à part Collin Farell et Dan Froger, je n'ai pas particulièrement apprécié le jeu du casting. Eddie Redmayne joue une sorte de Doctor Who/Sheldon Cooper atteint d'un syndrome d'Asperger mais sans que ça le rende particulièrement attachant (j'ai plutôt eu envie de lui mettre quelques bafes en fait), le duo de magicienne est clairement oubliable (mention spéciale à la soit-disante Auror, bien plus crédible dans son rôle de contrôleuse des permis baguette). Les seconds rôles moldus m'ont plutôt convaincus. 

Ah oui, Johnny Depp en blondasse punk à moustache. Ahem. 

Et en vrac

  • Le niffleur n'a pas une tête suffisamment magique mais reste une des stars du film
  • Le serpent à plumes qui occupe tout l'espace, ça donne quoi quand il est en liberté ?
  • Pourquoi les magiciens n'utilisent jamais "Accio" quand ils en ont besoin (pour trouver une théière par exemple) ?
  • Pourquoi transplaner toutes les deux secondes si c'est pour ne pas transplaner quand ils en ont besoin ?
  • Pourquoi les sorts n'ont-ils plus de couleurs ? Déjà que sans la prononciation on n'a aucune idée de ce qu'ils se balancent, mais là c'est carrément abstrait.
  • Les petits liens avec la saga sont bien dosés, juste ce qu'il faut.
  • Un film "Harry Potter" sans aucune scène de balais, c'est un peu tristounet.
  • Excellente idée de mentionner la première guerre mondiale côté sorciers.

Voilà, j'ai à peu près fait le tour de mes réflexions.

Malgré ses points négatifs, ça reste un excellent film de divertissement et de spectacle, j'ai passé un bon moment et je le reverrai sûrement avec plaisir, mais comme pour l'épisode 8 de Star Wars, je suis peut être devenu trop exigeant concernant les scénarios.

 

Slagash